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Les sites suisses sont souvent peu accessibles aux handicapés

Alors que la législation se limite au secteur public, ce groupe d’utilisateurs représente pourtant un certain potentiel économique.


Olivier Wiener (*)

Les personnes handicapées sont aussi discriminées sur Internet. L’objectif général de l’accessibilité dans ce domaine est de créer des contenus qui soient perceptibles, opérables et compréhensibles par la palette la plus large possible d’utilisateurs et compatibles avec la gamme de technologie d’assistance. Cela comprend notamment que les éléments d’interfaces et de navigation soient utilisables et assez robustes pour fonctionner avec les outils utilisés par les handicapés aujourd’hui et demain. Pendant que l’ergonomie essaie d’améliorer la facilité d’utilisation des sites pour un groupe générique de personnes (lire « L’Agefi » du 7 avril), l’accessibilité se concentre sur un groupe spécifique d’utilisateur, dans ce cas ci les personnes handicapées.


De nombreuses raisons justifient l’existence et l’importance de ce domaine. Celui qui crée des contenus pour Internet doit aussi se concentrer sur son audience cible. Comme il est très probable que dans cette audience se cache au moins une personne avec un handicap, il est tout à fait souhaitable qu’il ne l’exclue pas de son discours. Ensuite, et même s’ils sont restreints pour l’instant à des cas très spécifiques (voir encadré), il serait peut-être sage d’anticiper d’éventuels contentieux juridiques. Certaines sociétés américaines en ont déjà fait les frais. Peut-on, en tant qu’entreprise, se permettre de courir ce risque ? En vaut-il la peine ? Les écoles, universités et les organisations gouvernementales ne seraient pas uniquement imprudente si elles agissaient ainsi, elles enfreindraient la loi. Comparé aux autres utilisateurs, les seniors ont des besoins différents, ce d’autant plus qu’ils ont plus de temps pour surfer sur internet. S’il leur est facile de naviguer à travers un site marchand et de l’utiliser, il est probable qu’ils passeront une commande. Quelle entreprise serait assez imprudente pour exclure volontairement 20, 10 ou même 5 % de ses clients potentiels ? D’autre part, le World Wide Web consortium (« W3C ») a démontré que l’accessibilité bénéficie à l’ensemble des utilisateurs, notamment dans le cas des textes alternatifs pour des images ou des animations lorsqu’ils visionnent ces informations avec leurs téléphones portables ou des connections lentes. Enfin, pour citer l’un des « inventeurs » d’internet, Tim Berners-Lee: « Le pouvoir d’Internet réside dans son universalité. Son accès à tous, en dépit de tout handicap, en est un aspect essentiel»

La page d’accueil de 10 des 20 sites des plus grandes sociétés suisses (sur la base de leur capitalisation boursière), ont été passées au crible, en utilisant un certain nombre d’outils permettant de mesurer leur conformité face aux recommandations communément admises dans ce domaine. Comme ces tests ont été automatisés, il est important de relativiser les résultats puisque cette automatisation ne peut (et ne saura jamais) remplacer un test avec des utilisateurs réels. Au final, 4 sites sur 10 réussissent à satisfaire les exigences des règles d’accessibilité des contenus web, priorité numéro 1, définies par le W3C. Seul 1 site réussit à satisfaire aussi les règles définies comme priorité numéro 2, et enfin, aucunes des pages scannées ne se conforment aux règles définies sous la priorité numéro 3.

En conclusion, quelques-unes des plus grandes compagnies suisses ont d’ores et déjà compris l’importance de rendre leur site accessible aux personnes handicapées, mais ce n’est pas encore la majorité. Cet effort doit à la fois être élargit sur un cercle plus grand de sociétés et il serait nécessaire d’approfondit le champs d’application des normes définies. Il est aussi assez clair, que rien ne pousse réellement le secteur privé à s’aligner à ces recommandations. Dans de rares cas, le potentiel commercial pousse certains sites marchands à utiliser ces règles comme argument marketing.
L’intégration de ces éléments lors de la création ou du redesign d’un site bénéficierait non seulement à l’ensemble des utilisateurs mais permettrait d’anticiper de possibles développements légaux, et cela sans entraîner de coûts supplémentaires. Ce d’autant plus qu’il existe de nombreux outils d’audit de sites afin d’améliorer ce qu’on appelle « l’expérience utilisateur », qu’il soit handicapé ou non.

Quelques faits, un fort potentiel économique

Selon l’Organisation Mondiale du Travail, il y aurait 610 millions de personnes handicapées dans le monde, dont 400 millions dans les pays en voie de développement.

Aux Etats-Unis, ce groupe représente un cinquième de la population et possède une capacité collective de dépense évaluée entre 190 et 220 milliards de dollars. Comme dans d’autres marchés de niche, la communauté des personnes handicapées réagit de manière positive aux sociétés dont les initiatives marketing sont sensibles à leurs propres besoins et intérêts.
Sur internet, et même si les estimations varient, la plupart des études concluent qu’environ 20% des internautes souffrent de handicaps divers et variés. Bien entendu, ceux-ci n’affectent pas tous la façon de l’utiliser. Un site dont les liens ne sont différenciés des autres contenus que par une autre couleur sera difficilement utilisable par un daltonien. Si la moitié ou le quart de ces individus est affecté d’une manière ou d’une autre, cela peut représenter une portion significative du trafic sur un site.

Des Etats-Unis à la Suisse, que disent les lois ?

Aux États-Unis, l’acte de réhabilitation, section 508, a été édicté pour éliminer les barrières aux technologies de l’information, pour donner de nouvelles opportunités aux personnes handicapées et pour encourager le développement des technologies aidant à atteindre ces objectifs. Cette loi s’applique à toutes les agences fédérales lorsque celles-ci développent, maintiennent ou utilisent les technologies de l’informations.

Au Royaume Unis, le secteur public doit se tenir prêt à subir des pressions plus fortes pour assurer que les systèmes informatiques deviennent accessibles aux personnes handicapées, selon une ébauche de loi faite fin 2004. La loi proposée demanderait aussi que le secteur public ait une approche plus active pour assister leurs employés handicapés. Cette loi, approuvée par la reine, devrait entrer en vigueur fin 2005.

En Suisse, la loi actuelle force les administrations publiques à donner aussi un accès aux personnes handicapées, à travers leurs sites internet notamment, mais se limite à ce seul secteur. Des initiatives importantes sont donc conduites au niveau fédéral pour corriger et améliorer la situation et mettre à niveau les sites selon les normes du W3C. A Genève, il semble qu’une majorité des sites publics soient déjà en conformités avec ces normes, même s’il n’est pas forcement clair de savoir jusqu’à quel niveau ces règles ont été appliquées. Les entreprises privées et autres entités économiques ne sont en aucune manière forcée de suivre ces directives pour créer des contenus accessibles.

Ressources

Définitions

http://www.w3.org/WAI/GL/WCAG20/#overview-design-principles

Potentiel économique et définitions:

http://www.nod.org/marketing/index.cfm
http://www.watchfire.com/products/webxm/accessibilityxm.aspx
http://www.employers-forum.co.uk/www/csr/sttn/sfacts/sfacts1.htm
http://www.webaim.org/intro/

De l’importance de l’accessibilité

http://www.stcsig.org/usability/newsletter/0304-editorials.html
http://www.w3.org/WAI/bcase/benefits

Aspects légaux, collectivités publiques suisses

http://www.w3.org/WAI/Policy/
http://www.geneve.ch/nonvoyants/Evolution.html


(*) Fondateur de C2SP, Genève, www.c2sp.com.
Retrouvez chaque mois cette rubrique consacrée à l’évolution de l’informatique et d’internet.

Cet article a été publié en partie dans le quotidien suisse « L’Agefi », le mercredi 11 mai 2005.

Site internet : www.agefi.ch